Et si savoir faisait moins peur que ne pas savoir ?
Il y a une phrase que j’ai déjà entendue plusieurs fois :
« Je préfère ne pas savoir. »
Et en ce moment, cette phrase j’ai beaucoup de mal avec elle. Parce qu’il arrive un moment où la maladie s’approche un peu trop près de vous. Elle entre dans votre quotidien, elle s’installe dans vos pensées. Et surtout…elle change complètement votre rapport au temps.
Quelques semaines ne sont plus « seulement quelques semaines ».
Un mois peut sembler interminable. Et attendre un résultat…Putain que c’est long.
Alors forcément, aujourd’hui, il y a quelque chose que j’ai de plus en plus de mal à comprendre. Comment peut-on sentir que quelque chose ne va pas, constater un changement, parfois même savoir qu’il existe un risque et attendre ? Quelques semaines, quelques mois, parfois même des années. Je vous avoue que ma première réaction n’est pas particulièrement philosophique :
« MAIS PRENDS CE PUTAIN DE RENDEZ-VOUS ! »
Voilà. Pas très délicate je vous l’accorde mais sincère.
Parce que lorsque le temps devient précieux…Notre regard change. Quand la maladie entre dans votre vie, on se surprend à penser :
Si seulement on avait su avant…
Si seulement on avait vérifié plus tôt…
Si seulement…
Deux petits mots particulièrement cruels, parce qu’ils voudraient réécrire quelque chose qu’on ne peut plus changer. Alors voir quelqu’un repousser un rendez-vous peut devenir terriblement difficile à comprendre jusqu’à ce qu’on se pose réellement la question :
Pourquoi est-ce qu’on attend ?
Et si ce n’était pas de l’inconscience ? Et si, parfois…ce n’était pas le médecin qu’on évitait, mais la réponse ?
Tant qu’on ne sait pas, on peut encore se raconter :
Ça va passer. Je me fais sûrement des idées. Je verrai le mois prochain.
Ou le grand classique :
« Je vais attendre encore un peu. »
Attendre quoi exactement ? Probablement que notre corps nous envoie un courrier recommandé avec écrit :
« Bonjour, ceci mérite officiellement une consultation. Cordialement. »
Ce serait quand même vachement pratique. Mais prendre rendez-vous, ce n’est parfois pas seulement bloquer trente minutes dans un agenda. C’est accepter qu’au bout de ces trente minutes, quelqu’un puisse nous dire quelque chose qu’on n’est pas prêt à entendre. Et ça…oui, je peux comprendre que ça fasse peur…parce que tant qu’il n’y a pas de diagnostic, il reste une petite place pour croire que tout va bien.
Le fameux :
« Je préfère ne pas savoir »
signifie peut-être simplement :
« J’ai tellement peur de savoir que je préfère encore imaginer que tout va bien. »
Et ça, finalement…c’est terriblement humain, mais ne pas savoir ne change pas ce qui existe. C’est probablement la partie la plus difficile. On croit parfois qu’en repoussant le moment de savoir, on repousse aussi la possibilité d’une mauvaise nouvelle, mais non, on repousse seulement le moment où l’on saura. On consulte, on fait les examens nécessaires et peut-être qu’on nous dira : « Tout va bien. » Et putain…quel bonheur d’avoir eu peur pour rien.
Et si quelque chose est effectivement découvert, alors on peut commencer à comprendre, à poser des questions, à être accompagné et à envisager la suite avec les professionnels qui nous suivent.
Parce que face à la maladie, il y a énormément de choses que nous ne contrôlons pas.Mais parfois…prendre ce rendez-vous, ça, on le peut.
🌿 La Relativité du Journal
Cette chronique n’est pas là pour montrer du doigt ceux qui ont attendu, il est très facile de dire :
« Moi, j’y serais allé tout de suite. »… lorsqu’on n’est pas celui qui a peur de la réponse.
Nous ne réagissons pas tous de la même manière, et il existe aussi bien d’autres raisons qui peuvent retarder une consultation. Alors non, je ne veux pas juger, je veux simplement dire à celui ou celle qui pense : « Je préfère ne pas savoir. » que je comprends un peu mieux aujourd’hui ce qui peut se cacher derrière ces mots.
Mais peut-être que la peur mérite d’être accompagnée plutôt qu’évitée.
☕ Le P’tit mot d’Andréa
Je ne vais pas vous dire de ne pas avoir peur. Ayez peur. Demandez à quelqu’un de vous accompagner s’il le faut.
Mais si quelque chose vous inquiète réellement, prenez ce rendez-vous.
Peut-être entendrez-vous :
« Tout va bien. »
Et si ce n’est pas le cas, vous ne serez plus seul face à l’inconnu, parce que parfois, le courage n’est pas de ne pas avoir peur. C’est de prendre rendez-vous avec la peur au ventre. ❤️
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