Peut-on faire le deuil de quelqu'un qu'on n'a jamais vraiment eu ?
Intimes dans un lit, étrangers dans la vie.
Il est 23 h 47. Ton téléphone s'allume. « Tu fais quoi ? » Trois petits mots. Rien d'extraordinaire. Et pourtant, tu souris.
Tu sais probablement comment la soirée va se terminer. Quelques messages, un rendez-vous, des baisers, des corps qui se retrouvent et cette complicité qui, pendant quelques heures, donne presque l'impression d'être un couple. Presque, parce que demain matin, chacun reprendra sa vie. Et toi, tu te surprendras peut-être à espérer un autre message. Un qui ne commencerait pas à 23 h 47. Un qui demanderait simplement comment s'est passée ta journée. Pas forcément pour finir dans un lit, juste pour avoir une place dans sa vie. Et c'est là que les choses deviennent compliquées.
On peut partager une intimité incroyable avec quelqu'un et pourtant rester deux étrangers dès que la porte se referme. Connaître ses habitudes, ses gestes, la façon dont il ou elle nous embrasse… sans savoir ce qu'on représente réellement dans sa vie. Et parfois, ça convient parfaitement aux deux. Une relation sans engagement n'est pas forcément une relation sans respect, sans tendresse ou sans sincérité. Mais il arrive qu'un cœur change les règles du jeu sans prévenir. Ce qui devait être léger devient important. Ce qui devait rester occasionnel commence à occuper les pensées, et ce qui était suffisant hier ne l'est plus aujourd'hui. Alors on espère. Un geste différent. Une invitation inattendue. Une phrase qui laisserait entendre qu'on compte un peu plus. Mais de l'autre côté, que se passe-t-il ?
C'est une question qu'on se pose souvent lorsqu'on sent une proximité, mais qu'aucune véritable relation ne se construit. Peut-être que cette personne a déjà souffert. Peut-être qu'elle a peur de perdre sa liberté, de s'attacher, de se montrer vulnérable ou de bouleverser une vie dans laquelle elle a trouvé son équilibre. Peut-être qu'elle ressent quelque chose, mais qu'elle ne sait pas quoi en faire. C'est possible, mais il existe aussi une autre possibilité, moins agréable à envisager.
Peut-être qu'elle apprécie sincèrement ce que vous partagez, sans souhaiter davantage, et ça ne rend pas forcément les moments vécus mensongers. On peut désirer quelqu'un sans en être amoureux. Ressentir de la tendresse sans vouloir construire un couple. Aimer retrouver une personne sans vouloir partager son quotidien. Ce n'est pas toujours facile à entendre, surtout lorsqu'on espère le contraire. Mais il y a une différence entre essayer de comprendre les peurs de quelqu'un et inventer, à sa place, des sentiments qu'il n'a jamais exprimés. Et parfois, à force de chercher ce qui empêche l'autre de nous aimer, on oublie de se demander ce que cette attente nous coûte.
C'est peut-être ce qu'il y a de plus étrange. Comment peut-on avoir autant de chagrin pour une relation qui n'a jamais vraiment commencé ? Comment peut-on ressentir un vide aussi immense alors qu'on n'a jamais été officiellement ensemble ? Parce que, même sans statut, quelque chose a existé...Des moments, des émotions, des habitudes, des attentes, et surtout, une possibilité. Celle d'un jour devenir plus qu'un rendez-vous. Plus qu'une parenthèse. Plus qu'une personne qu'on retrouve lorsque l'envie se présente. Alors quand il faut renoncer, on ne perd pas uniquement quelqu'un. On perd aussi les dimanches imaginés, les projets jamais proposés, les mots qu'on aurait aimé entendre. On doit dire au revoir à une histoire qu'on avait parfois déjà commencé à écrire tout seul. Et ce deuil-là est particulier, parce qu'il n'y a pas toujours de rupture. Pas de grande dispute. Pas de dernière conversation. Parfois, même pas de véritable fin.
Juste cette prise de conscience : ce que j'attends de cette relation n'est peut-être pas ce que l'autre souhaite m'offrir.
🌿 La relativité du Journal
Alors, peut-on faire le deuil de quelqu'un qu'on n'a jamais vraiment eu ? Je crois que oui. Mais peut-être qu'il ne s'agit pas vraiment de faire le deuil d'une personne. Peut-être qu'il s'agit de faire le deuil de l'espoir qu'elle devienne un jour celle qu'on attendait. Cela ne veut pas dire que celui qui s'est attaché a eu tort de le faire, ni que celui qui ne souhaitait pas davantage a forcément eu tort de ne pas aimer. Les sentiments ne se commandent pas. Et deux personnes peuvent vivre une même relation avec des attentes profondément différentes.
En revanche, chacun a une responsabilité : celle d'être aussi clair et respectueux que possible envers l'autre, mais aussi envers soi-même. Parce qu'une relation peut être sincère sans être réciproque dans ce qu'on en attend, et parce qu'on peut comprendre quelqu'un, respecter ses limites, accepter ses peurs… sans être obligé de rester dans une situation qui nous fait souffrir.
🤎 Le p'tit mot d'Andréa
Je crois qu'on a parfois cette drôle de tendance à s'accrocher aux « peut-être ». Peut-être qu'un jour il changera d'avis, peut-être qu'elle finira par comprendre, peut-être qu'avec un peu de patience…Et je ne vais pas vous jeter la pierre. L'espoir, c'est quand même un sacré petit emmerdeur quand il décide de s'installer dans notre tête !
Mais il y a une question qu'on mérite aussi de se poser : Et moi, dans tout ça, qu'est-ce que j'attends pour être heureux ?
On peut aimer quelqu'un, ou simplement avoir profondément espéré être aimé de lui, sans que cette histoire puisse devenir celle qu'on imaginait. Et peut-être que faire son deuil, ce n'est pas effacer cette personne de sa mémoire, c'est apprendre, doucement, à ne plus construire son avenir autour d'un « peut-être ».
Parce qu'on mérite aussi de vivre une histoire qui existe ailleurs que dans nos espoirs. 🤎
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